Les formations nous apprennent à disserter et à argumenter. En effet, nous passons beaucoup de temps à parfaire notre expression écrite et orale (module sur la prise de parole ou sur la rédaction professionnelle). Cependant, qu’en est-il de l’art de poser des questions ? Pourquoi ne passons-nous pas plus de temps à apprendre à poser une question pertinente ?
Le questionnement, un outil d’évaluation sous-estimé
Souvent, on accorde plus d’importance aux réponses qu’aux questions. Dans la plupart des organisations, on forme les collaborateurs à présenter, à argumenter, mais jamais à questionner.
Pourtant, la nature d’un échange professionnel dépend entièrement de la qualité des questions posées. Surtout qu’un échange repose principalement sur du déclaratif. Alors, si la question est déjà connue, la réponse l’est également.
Cela est d’autant plus vrai dans un entretien (de recrutement, d’évaluation ou de développement). Le manager ou recruteur attend du collaborateur ou du candidat qu’il raconte son parcours, expose ses motivations et ses réussites.
Toutefois, cette approche n’offre qu’une vision superficielle : un récit maîtrisé, cohérent, souvent préparé. Autrement dit, une projection, pas une observation.
Mais quel métier peut se satisfaire des réponses dont tout le monde dispose déjà ?
C’est pourquoi ceux qui souhaitent comprendre une personne doivent apprendre à questionner autrement. Une question ne sert pas à obtenir une réponse “attendue”, mais à éclairer un fonctionnement, une intention, une logique interne.
Le questionnement transforme une relation. Une question qui explore plutôt qu’une question qui vérifie installe une dynamique de collaboration plutôt qu’un rapport descendant. Elle montre à l’autre que son fonctionnement intéresse davantage que son “discours”.
Cette posture permet des réponses plus sincères et crée un échange plus égalitaire, même dans un entretien managérial ou RH. En d’autres termes, questionner différemment, c’est déjà manager différemment.
La Questiologie : des réponses différentes
Si nous avons tous besoin de poser de meilleures réponses, nous avons donc besoin de poser la question que l’autre n’a pas déjà posée. La question possède un autre pouvoir que l’on sous-estime : elle fait émerger ce que les mots ne disent pas.
Lorsqu’une personne ne peut pas se réfugier derrière une réponse attendue, son corps prend le relais. Le regard cherche, la posture s’ajuste, la respiration se modifie, les mains s’animent ou se figent.
Ce sont précisément ces micro-indices du non verbal qui montrent comment l’individu pense réellement. Non pas pour piéger, mais pour révéler. C’est ce moment authentique qui offre la lecture la plus juste.
Créée par Frédéric Falisse, la Questiologie est une discipline qui place la question au centre de la relation. Elle s’appuie sur un principe simple, mais rarement intégré dans les pratiques professionnelles :
On ne comprend pas mieux en multipliant les questions, mais en les affinant.
Cette distinction change tout. L’enjeu n’est plus d’obtenir un “bon” discours, mais de laisser émerger une réponse singulière. Elle oblige à quitter les automatismes pour entrer dans une posture d’exploration partagée.
La Questiologie invite aussi à clarifier l’intention qui se cache derrière chaque question : cherche-t-on à comprendre, à tester, à valider, à influencer, à sécuriser ? C’est un art qui touche directement la culture managériale.
Un manager ou un RH qui maîtrise la Questiologie cherche à comprendre. Il construit une relation de confiance plus rapidement, obtient des informations plus fiables et renforce la qualité de ses évaluations, qu’elles soient comportementales ou managériales.
La Questiologie : comprendre sans induire
C’est là que la Questiologie révèle toute sa puissance. Car mal poser une question, c’est orienter la réponse. Avant même que l’autre n’ouvre la bouche, nous avons déjà décidé de ce que nous voulions entendre. Ce biais invisible est l’un des plus grands dangers des entretiens professionnels.
Dans un monde dans lequel tout s’accélère, la loi de la productivité nous invite à aller vite. Pour répondre à cet impératif de vitesse, la question est utilisée pour valider notre attendue. Lors de la formulation de notre interrogation, nous induisons par conséquent la réponse espérée.
Très efficace lorsqu’il s’agit de diriger un entretien plutôt sur un mode de recadrage, cette technique de questionnement l’est beaucoup moins lorsque nous cherchons à obtenir une véritable expression de la part de notre interlocuteur.
Sans un questionnement neutre, aucune observation fiable n’est possible. Alors, il n’y a aucune prédictivité du comportement, aucune capacité à anticiper comment une personne agira demain dans une équipe ou une fonction.
Et seule une expression libre permet de cerner un individu, encore inconnu au moment où il passe la porte de notre bureau, comme la plupart des candidats que nous rencontrons au quotidien. Une meilleure communication permettant de valider l’adéquation.
C’est pourquoi la qualité du questionnement n’est pas un détail technique : c’est une responsabilité managériale et RH. Celui qui pose la question oriente la relation, influence l’information et engage la pertinence de la décision.
Quels sont les types de questions qui sont à notre disposition et comment les utilisons-nous ? Questions réflexives, questions d’auto-évaluation, questions de filtre, questions de motivation, la liste n’est pas exhaustive. Néanmoins, le type de question compte lorsqu’il s’agit d’adapter notre interrogation à la situation et à notre interlocuteur.
La Questiologie est une méthodologie concrète et accessible pour « poser la bonne question au bon moment ». Et vous, quelle est la dernière fois où vous avez préparé en profondeur votre plan de questionnement ?
Qui est Frédéric FALISSE ?
Frédéric Falisse consacre sa carrière à un point central : la puissance des bonnes questions. Enseignant, entrepreneur, directeur marketing puis coach, il observe que les organisations gagneraient en efficacité si elles savaient mieux interroger plutôt que davantage expliquer. Passionné de linguistique, il rassemble plus de 3000 questions, identifie leurs mécaniques et crée la Questiologie : une méthode simple et puissante pour poser la bonne question au bon moment. Aujourd’hui, il forme dirigeants, managers et étudiants (Accenture, Sodexo, ESSEC, HEC…) à cette discipline qui change radicalement la qualité des échanges.




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